LIBYE - COTE D’IVOIRE: Le temps des rébellions légitimes ? (Le Pays 09/03/2011)

Faut-il en rire ou en pleurer ? Les Africains sont arrivés à user des armes pour sauver la démocratie ou ce qu’il en reste. Même l’Occident en est réduit à devenir plus compréhensif vis-à-vis des coups d’Etat et autres formes de rébellions combattant la dictature. Ainsi en est-il de la Libye de Mouammar Kadhafi et de la Côte d’Ivoire de Laurent Koudou Gbagbo, en proie à des insurrections armées.

Y aurait-il un changement dans la vision de la situation chez les Occidentaux ? Pourquoi ? En Libye, les réalisations dues au boom des hydrocarbures n’ont pas réussi à contenir les profondes aspirations du peuple. Celui-ci a fini par hurler sa douleur au Guide et pris les armes face à l’absolutisme d’un homme qui en fait à sa tête depuis des décennies. Kadhafi admet difficilement que les temps changent.

Il sait pourtant que par le biais des satellites, la magie des technologies qui progressent à un rythme que nul ne contrôle, l’information est désormais disponible, accessible et universelle. Et cette ouverture fait aussi des ravages. En Côte d’Ivoire également, un homme vit des heures sombres : Laurent Gbagbo. Après avoir passé sa vie à lutter pour l’avènement de la démocratie, il a fini par s’isoler dans son palais. Pris au piège de la démocratie, lui aussi a fini par oublier qu’un peuple mécontent ne peut se satisfaire de propos démagogiques. A défaut de pouvoir répondre à la demande sociale, il faut arrêter de ruser et de narguer. Les Africains voient comment on évolue ailleurs. Conscient du pouvoir qu’il détient par les urnes, le citoyen électeur ivoirien a donc fait à Gbagbo la leçon de sa vie : par les urnes, il l’a envoyé promener. Des juges et des familles attendent que lui et ses partisans les éclairent sur les nombreux crimes politiques, économiques et de sang dont on les accable. Gbagbo et Kadhafi paient donc pour avoir « oublié » que seul le peuple est souverain. Jour après jour en Afrique, les libertés démocratiques sont confisquées. Bien des pouvoirs y interdisent les marches de protestation. Déjà traqués par la faim, la soif et la maladie, les peuples étouffent donc par manque de libertés. Et cela, devant un Occident impassible. Au début, on avait pensé que la démocratie était la solution idéale à l’insurrection et au coup d’Etat. Hélas, la réalité est tout autre. Certains ont tout fait pour se soustraire aux règles du jeu. Des peuples comme ceux d’Afrique du Nord n’ont jamais pu bénéficier de l’expérience démocratique. En Libye, Kadhafi s’est illustré par des entorses réelles à la démocratie. En Côte d’Ivoire, Gbagbo refuse de partir et ses partisans tirent sur des foules aux mains nues. Depuis des lustres, les partenaires internationaux assistent à l’agonie de l’expérience démocratique sur le continent. Des élites y refusent la démocratie autant que le développement qui va avec. Du discours de La Baule à nos jours, les déceptions sont grandes. Jamais les acteurs politiques n’auront convaincu de leur bonne foi. Pendant que les peuples passent de vie à trépas, les dirigeants et leurs proches dilapident les richesses nationales. Comment donc s’étonner que face à des pouvoirs hostiles à tout changement, les peuples africains excédés cherchent à prendre leur destin en mains par les moyens du bord ? Et comment s’étonner des attitudes et comportements des partenaires face aux effets induits de l’incurie des gouvernants ? Ainsi, c’est à peine si les coups d’Etat survenus en Guinée et au Niger ont-ils été condamnés pour le principe. L’Occident a mal à son Afrique des repus et des régnants à vie. Aussi ne faut-il pas se scandaliser de voir l’insurrection armée bénéficier en Libye du soutien de pays considérés jusque-là comme faisant partie des plus grandes démocraties au monde. Idem en Côte d’Ivoire où les Forces nouvelles (FN) s’attaquent à un pouvoir dictatorial qui refuse de se plier au verdict des urnes. Si en 2002, les forces nouvelles ont été stoppées dans leur offensive contre Gbagbo, cela risque de ne pas être le cas cette fois-ci. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Gbagbo a failli et la force est devenue légitime pour le faire partir. Au-delà des intrigues et calculs d’intérêts, la classe politique africaine a beaucoup perdu de sa crédibilité. Pour avoir refusé de se prêter au jeu des urnes, contrairement à l’élite occidentale qui se soumet volontiers au diktat des électeurs. Celle-ci ne peut donc que considérer les dictateurs avec mépris d’autant que les peuples ont commencé à se soulever. Oui, le mouvement démocratique africain amorce effectivement un tournant historique décisif. Il faut repenser les actions. D’autant que certaines juntes ou rébellions armées savent convaincre du bien-fondé de leurs initiatives. Mais, une fois le pouvoir conquis, elles font activement reculer la démocratie. De quoi être perplexe quant à l’avenir. Surtout si les acteurs politiques s’obstinent à ne jamais respecter les serments. Aux organisations de la société civile de demeurer constamment sur leurs gardes. Car, s’il a bien changé de ton et de vision, l’Occident n’a pas renoncé à défendre ses intérêts. Il ne faut point se bercer d’illusions. Un certain espoir pointe tout de même à l’horizon : cas du Pacte républicain dont le Niger vient de se doter. Le second tour de l’élection présidentielle se disputera le 12 mars entre l’opposant Mahamadou Issoufou et l’ex-Premier ministre Seini Oumarou. Par cet acte, le Niger joue ainsi à l’avant-garde. Le Niger, un cas où le coup d’Etat a été le remède ultime pour mettre fin aux dérives d’un dictateur et rétablir la démocratie.

Commentaires